Un jardin « sans entretien »… really?

99.99999% de mes clients, et ce, autant dans le résidentiel, le commercial, que l’institutionnel, me font cette demande en tout premier!

 

Alors mettons cartes sur tables… un jardin SANS entretien (aucun, niet, zero, nada), ça n’existe pas! (…)

 

Évidemment, je sais que vous SAVEZ que ça n’existe pas, mais je comprends aussi votre besoin d’un espace reposant et harmonieux pas d’un autre poste d’entretien et de dépense sans fond!  Mais un jardin, c’est un (éco)système très complexe (beaucoup plus complexe qu’il n’y parait) dans lequel vous insérez des organismes vivants, la plupart du temps des végétaux. Comme tous les êtres vivants, ils ont besoin d’eau, de nourriture, de protection. Jusque là, je ne vous ai rien appris…

Là où sa se complique, c’est que vous avez contemplé et rêvé d’avoir le jardin « yeuxté » sur pinterest, instagram, facebook, dans les revues, vous rêvez du jardin botanique, du Jardin des Quatre-Vents, Vaux-leVicomte et la Villa D’este! Le jardin parfait, immortalisé, arrêté dans le temps, parfait en tous points et tout le temps… Vos attentes sont très très élevées… un brin irréalistes…
Dans la vraie vie, celle qui évolue, celle de monsieur et madame Tout-le-monde, les plantes extérieures et les plate-bandes sont constamment soumises à des semences de plantes adventices (les fameuses mauvaises herbes!), les aléas de la météo, les changements climatiques, la faune (chevreuils, marmottes, lapins et autres), les insectes ravageurs et les maladies! Et on n’a malheureusement pas une armée de jardiniers comme André Le Nôtre pour tout remettre en ordre, rectifier, égaliser, désherber…
D’abord, je vous suggère de vous visualiser tel un chef d’orchestre qui va jouer avec les différents musiciens de la nature! À grands coups d’enthousiasme, d’humilité et d’empathie et avec un brin de folie, vous veillerez au précieux équilibre de votre jardin!
Mais ce n’est pas tout; vous aurez besoin de ces quelques quelques trucs pour comprendre le système qui est la base de tout jardin…
Rappelons-nous toute de même qu’on peut prévoir une plantation avec le moins d’entretien possible (OUI!!), mais SANS entretien, c’est la forêt!! C’est beau la forêt et on peut vouloir une forêt sur son terrain… mais une forêt est par définition « sauvage », elle a son propre agenda, sa propre vitesse de croisière!
Revenons à nos moutons… Vous avez donc pris conscience que vous ne voulez pas d’une forêt, mais bien d’un paysage un peu dompté, avec des lignes maitrisées, des couleurs choisies, des textures harmonieuses entre elles, un jeu de hauteurs, d’ombres et de lumières. Soit. Vous avez aussi consciemment diminué vos attentes soit en terme de temps à mettre pour y parvenir, soit en terme de résultats (que vous consentez à voir « moins parfaits » ou du moins, en évolution!)…
À la bonne heure! Plusieurs astuces et stratégies nous permettent de parvenir à obtenir un jardin qui demande « MOINS d’entretien »:
  1. Planter en 3 strates (couvre-sol, vivaces, et arbustes ou arbres). L’idée derrière ça, c’est que les semences de plantes adventices ont besoin de soleil pour germer. D’abord les arbres et les arbustes, ensuite les vivaces. Puis on comble les trous avec les couvre-sols.
  2. Planter en grandes masses : minimum 7 plants (mais plus c’est encore mieux et normalement, en nombre impair),
  3. Planter serré! Distance de plantation = largeur de la plante à maturité,
  4. Respecter les besoins en ensoleillement, en type de terreau et en humidité ainsi que la zone de rusticité (entre 1 et 4 pour l’Estrie c’est idéal),
  5. Éviter les plantes qui ont besoin d’être taillées, ou qui sont reconnues pour être souvent malades,
  6. Mettre les plantes dans les endroits où elle pourront exprimer tout leur potentiel en hauteur, en largeur et en beauté!!
  7. Éviter celles qui ont besoin d’être couvertes l’hiver,
  8. Optionnel: ajouter 3″ de BRF (Bois Raméal Fragmenté ou paillis forestier) entre les vivaces fraichement plantées mais laisser un espace au pied de celles-ci pour permettre à l’eau de bien se rendre aux racines.  Le BRF en se décomposant, structure et amende le sol. Toutefois, les arbres et les arbustes n’aiment pas avoir du paillis contre leur tronc: laissez donc un diamètre d’au moins 1 pied sans BRF. Les couvre-sol non plus n’aiment pas le BRF, ça les empêche de faire ce pourquoi on les mises là: se répandre et investiguer tous les endroits où le soleil touche le sol!
  9. Jamais de paillis de cèdre, de poudre d’os, de terre noire et de tourbe de sphaigne qui sont légèrement toxiques pour les végétaux et/ou se décomposent très mal et/ou proviennent de nos tourbières millénaires, saccagées en quelques années. Pas écolo, on n’en veut pas dans nos jardins!
  10. Optionnel et recommandé: Mycorhizes! Les plantes et les champignons vivent en parfaite harmonie!
  11. Arroser avec l’eau de pluie récupérée dans des barils, à la température ambiante, pleine de micro-organismes plutôt que l’eau très froide, filtrée, chlorée.

 

Alors il faut aussi savoir que durant les 2 ou 3 premières années, vous aurez à vous pencher et désherber pour éviter que les plantes adventices ne prennent le dessus, du moins jusqu’à ce que les plantes aient atteinte leur maturité et que les couvre-sol aient couvert… le sol! Vous aurez à arroser (le moins souvent possible) les plantes en profondeur pour vous assurer que leurs racines s’enfoncent profondément dans le sol. Et vous aurez peut-être à éliminer des plantes qui semblent être constamment malades ou dépérissantes, peu importe le soin que vous leur avez apportés… On est chef d’orchestre, pas Dieu… Il se peut que certains plantes ne se plaisent pas dans votre environnement… lâchons prise et poursuivons!

 

Au terme de ces 2 ou 3 années, vous aurez, je vous prie de le croire, des plate-bandes resplendissantes, vivantes et qui demandent TRÈS peu d’entretien… Mais certaines tâches seront toujours requises, pour les siècles et les siècle, Amen… Par exemple:

-ajouter des bulbes, des fraisiers rampants, des plantes indigènes couvre-sol, là où vous constatez que les couvre-sols ne sont pas parvenus à combler les trous et les plantes adventices continuent de s’aventurer,

-ou ajouter du BRF,

-tailler les branches mortes ou qui se sont cassées,

-tondre la pelouse,

-refaire les bordures des plate-bandes avec un coupe-bordure…

 

Rien de bien méchant, soit dit en passant, même presque plaisant, par une belle journée, avec un verre de limonade glacée et un hamac pas trop loin… Et toujours thérapeutique, dois-je le préciser!! haha…