Des radeaux, des racines et des cîmes

Aujourd’hui j’ai le gout de vous faire pénétrer le monde des arbres… au delà d’un être vivant recouvert d’écorce! J’ai découvert Francis Hallé à la radio et son discours m’a fasciné! Je me suis ruée à la bibliothèque et ai emprunté tous ses ouvrages! Les j’ai dévorés l’un après l’autre et j’aj pensé vous en offrir parmi mes plus belles découvertes!

Ce qu’est un arbre…

 

Tout le monde sait ce qu’est un arbre n’est-ce pas?

Bizarrement, même Francis Hallé, ce scientifique de renommée internationale, botaniste, biologiste, dendrologue, découvreur de l’ « Architecture botanique » et explorateur de la canopée tropicale sur son Radeau des cîmes, peine à trouver une définition qui convienne parfaitement!… Bien qu’il leur ait consacré toute sa vie et contribué à renouveler notre regard sur leurs modes de fonctionnement, il avoue que plus nous en apprenons sur les arbres, plus nous réalisons l’ampleur de notre ignorance vis-à-vis eux!…

On pensait Une définition de l’arbre jonglerait avec la taille; certains sont de très grands (jusqu’à mètres), d’autres n’ont que des racines et des feuilles qui sortent de la terre, pas de tronc! Il faudrait aussi statuer sur les caractéristiques physiques ; sur les 70 000 espèces d’arbres connus présentement, certains ont des racines qui creusent jusqu’à mètres sous terre, d’autres des racines aériennes ou très superficielles, certains font des rejets, d’autres pas, des arbres ont le bois « mou », les autres sont qualifiés de bois « dur » ou « noble », on peut en manger mais certains sont à la fois thérapeutiques et toxiques !

 

Et que dire de ceux qui sont potentiellement immortels ?

De quoi est constitué un arbre ? Les centaines de mètres cube de bois (qui peuvent aller jusqu’à des milliers de tonnes) sont en fait constitué de 40% de molécules à base de carbone (l’un de nos plus grands polluants atmosphériques) le reste est de l’eau et une minime quantité de minéraux… Autant dire, une véritable usine d’épuration!

Ce dont ils ont besoin

Très peu de chose en réalité : un substrat minéral et organique (de la terre), du gaz carbonique (le C dans le CO2), de la lumière et de l’eau… Ces grands êtres sympathiques sont d’une simplicité et d’une humilité fascinante!

 

Les arbres généreux

Et là, le contraste est extraordinaire; l’arbre pourrait évidemment se passer de l’homme mais l’homme a un besoin viscéral des arbres! Outre, les fonctions évidentes de fournir des aliments, des médicaments, des matières premières industrielles, voici une liste non-exhaustive de ce que les arbres apportent à notre quotidien :

  • L’arbre est un organisme tellement généreux qu’il offre son ombre à ceux qui viennent l’abattre » – Lord Bouddha. Leur ombre procure en effet l’ambiance estivale, rafraichie les villes bétonnées, les maisons, les piétons et les automobiles. Entourée d’arbres, une maison économise entre 20 et 25% d’énergie! Mais aussi elle participe positivement aux enjeux de santé publique.
  • À l’issue de laborieux calculs statistiques, on sait maintenant que les arbres diminuent la violence, les agressions, attirent dehors les habitants qui forment alors une surveillance, diminuent les graffitis, diminuent le taux d’enfants laissés à eux-mêmes, améliorent les relations familiales et de couple, diminue la fatigue mentale, augmente la capacité de concentration, améliore la discipline des enfants, assurent un meilleure récupération des patients hospitalisés, et ces patients demandent moins d’analgésiques, subissent moins de complications et rentrent chez eux plus tôt…
  • Le jeu d’évaporation-transpiration dont l’arbre est responsable permet d’augmenter l’humidité de l’air et de diminuer la température. Il envoie des quantités fabuleuses de vapeur d’eau ainsi que des composé volatiles organiques (les fameux COV) qui ont une fonction très particulières : elles permettent aux molécules d’eau de s’agglomérer pour constituer des gouttelettes qui tomberont sous forme de pluie! Ainsi, les forêts « contrôlent » l’apparition des pluies! Quelques hectares de forêt suffisent pour qu’il pleuve!
  • Ils produisent des ions négatifs (notamment le pin) ce qui a des effets positifs sur notre santé et notre humeur et engendre même un sentiment d’euphorie!
  • Ils purifient l’air en absorbant le CO2, ce gaz qui pollue notre atmosphère, dont il garde le C (gaz carbonique) et nous restitue l’O2 (l’oxygène).
  • Ils purifient aussi d’autres polluants typiques de l’atmosphère urbaine : particules de métaux lourds, plomb, cadmium, manganèse, suies, polluants gazeux, oxydes d’azote, NO et NO2, oxyde de souffre, monoxyde de carbone, CO, et ozone O3. Stockés dans les feuilles et les bois, on comprend toute l’importance des grands et vieux arbres!
  • Ils servent de brise-vent
  • Ils retiennent les sols contre l’érosion,
  • Ils atténuent les bruits de la ville,
  • Ils assèchent les sous-sols et les caves
  • Ils émettent des essences aromatiques qui éloignent les insectes, détruisent les moisissures et sont bactéricides. Notamment, le sapin baumier du Canada!

Les arbres communiquent

Bien qu’ils nous semblent discrets, les arbres communiquent entre eux (par voie aérienne et souterraine) et avec les animaux !
D’une part, grâce aux champignons mychorhiziens, les arbres (de même espèce ou d’espèces différentes) font transiter l’eau et les sels minéraux vers les racines, formant ainsi un vaste réseau au sein de la forêt. Si l’un des arbres du réseau manque d’eau ou soufre d’une carence minérale ou d’une attaque pathogène, les autres lui font parvenir ce dont il a besoin via le champignon qui parcours parfois plusieurs kilomètres!
Un exemple de cette capacité de communication aérienne a été mis à jour en 1990 en Afrique du Sud alors que des chercheurs ont réalisé que des acacias (petits arbres en Afrique), servant de nourriture aux antilopes, génèrent une modification biochimique qui rend les feuilles impropres à la consommation dès que les feuilles sont grignotées. Un signal aérien est alors envoyé aux autres acacias pour qu’ils commencent à générer cette transformation avant que les antilopes se rendent à eux! Comme le message se rend par les airs, les antilopes ont pris l’habitude de se déplacer en remontant le vent, vers les acacias qui n’ont pas encore reçu le message!

 

L’influence de la lune ou la revanche de la biodynamie!

Les vieux fermiers et ceux qui utilisent le calendrier de biodynamie, comptent les phases de la lune pour tous les travaux du jardinage : semer, transplanter, bouturer, etc… C’est avec une certaine condescendance que plusieurs scientifiques qualifiaient cette pratique de subjective…
Or, il apparait que le diamètre des troncs et la hauteur totale des arbres varient avec la marée. Qui plus est, si la lune et le soleil tirent dans le même sens, il en résulte une fertilisation et une pollinisation accrue. En Suisse, traditionnellement, les maisons de bois construites avec du « bois de lune » dureront 3 siècles alors que les maisons construites en bois coupé à n’importe quelle autre période dureront 50 ans! Les Suisses sont même capables de construire des cheminés en bois, devenues incombustibles en étant recueillis à la bonne période! Même les luthiers de haute réputation n’achètent que du « bois de lune »…

Vivants mais immortels?

Est-ce possible?
Les arbres ne sont pas seulement les plus grands spécimens vivants sur terre (les redwood de Californie ont 120m), ils sont aussi les plus vieux (Le « Parthénon » en Californie a 3000 ans, les Pinus longaeva en Californie ont 5000 ans, le Houx royale de Tasmanie a 43 000 ans!).

Il semblerait que certains arbres n’ont pas de programme de sénescence, c’est à dire que placés dans des conditions idéales, sans attaque, sans danger : ils ne mourront pas. Nous les humains avons un programme de sénescence qui s’explique avec nos 26 000 gènes (particules héréditaires) qui sont responsables de la couleur de nos caractères physiques. À la naissance, tous ces gènes sont actifs mais au fur et à mesure des années, les gènes s’éteignent, jusqu’à notre dernier souffle! C’est ce qu’on appelle la sénescence, ou la vieillesse. Certains arbres échappent à ce phénomène; leur croissance est stoppée en hiver, mais, à chaque printemps les gènes sont réactivés! De plus, à partir d’un arbre mort depuis longtemps, des clones prennent vie, leur donnant une durée de vie illimitée!
Le houx royal de Tasmanie, avec ses 43 000 ans, a germé au moment où l’homme de Néandertal cohabitait avec l’homme moderne! Son tronc est en fait constitué de plusieurs centaines de troncs étalés sur 1200 mètres!
Peut-on alors affirmer que l’arbre n’est pas « unique » mais « pluriel »? Les deux à la fois car contrairement à l’homme qui possède une seul génome stable, on trouve chez l’arbre une différence génétique selon les branches! L’arbre est donc à la fois un être et une colonie!

 

Les excréments des arbres

On serait tenté de penser que les déchets des arbres sont les feuilles mortes ou l’oxygène, mais en fait, il semblerait que le déchet majeur lui sert aussi de colonne vertébrale en quelque sorte! Il s’agit de la lignine, le tronc, la partie morte du bois qui se trouve à l’intérieur du cylindre formé par l’écorce, vivante et qui contient les vaisseaux de sève. Cette lignine leur permet d’affronter la pesanteur et les tenir à la verticale!

Anecdotes d’arbres

Nelson Mandela a répété qu’il devait sa survie et sa santé aux plantes alors qu’il était incarcéré à Robben Island pendant 27 ans. L’histoire raconte que ses gardiens de prison lui fournissaient des moitiés de bidon sciés remplis de bonne terre. Il y cultivait des légumes et des arbres fruitiers pour les co-détenus, et puis pour toute la prison et enfin pour la population de Robben Island! Dans son autobiographie il a écrit :

« je suis en prison mais mes plantes sont libres. »

Que craignent les arbres?
Nous… et rien d’autre… on ne leur connait aucun autre prédateur!

Aimer les arbres, c’est s’aimer soi-même

Pour le philosophe Robert Dumas, l’arbre est le « tuteur de l’humanité ». Quelle belle façon de côtoyer les arbres et de leur rendre hommage! Que faire pour leur montrer toute notre gratitude? Acquiescer aux « dix commandements pour les arbres » de Francis Hallé :

  • CIVISME et NON-VIOLENCE. S’interdire de les maltraiter, de les détruire ou de les soumettre à l’élagage sévère des branches ou des racines qui les marquent à vie et permettent une prolifération des bactéries qui peuvent amener des maladies et éventuellement la mort. Un arbre non-taillé est sans danger… (La taille est donc à proscrire, sauf pour la taille de formation et le bois mort qui pose un problème de sécurité)
  • PROTECTION. Considérer que leur compagnie devrait être un droit humain fondamental. Les protéger c’est aussi se protéger nous-même.
  • COMPÉTENCE et PRÉVOYANCE. Planter les bonnes espèces, aux bons endroits, dans les conditions favorables à leur expansion et leur santé optimale.
  • ANTICIPER. Planifier les villes, les quartiers, les terrains : les arbres en premiers, les bâtiments ensuite!
  • MODESTIE. Inutile de planter des gros calibres pour « gagner du temps »… C’est en fait une perte de temps et d’argent. Les gros arbres subissent un choc de transplantation plus intense et ont moins de chance de survivre. Prenons le temps de les voir grandir en beauté plutôt que d’essayer de gagner du temps…
  • HONNÊTETÉ. 10 jeunes arbres ne remplaceront jamais un grand vieil arbre abattu…
  • GRATITUDE et RESPECT. Les aimer, les adopter, même s’ils ne nous appartiendront jamais véritablement! Les considérer comme des être vivants, des partenaires, des alliés, des protecteurs et des amis.

 

D’après les ouvrages de Francis Hallé :« La vie des arbres », « Du bon usage des arbres », « Plaidoyer pour l’arbre » et « Le radeau des cimes : exploration des canopées forestières » (avec D. Cleyet-Marrel et G. Ebersolt).

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