Les plantes sont-elles intelligentes?

 

Article écrit par Stéphanie Desmeules, architecte paysagiste.

Tout a commencé par la lecture d’un article scientifique fascinant de Michael Pollan “ The Intelligent Plant”, paru en 2013… Je l’ai lu et relu, découvrant une discipline aussi fascinante que controversée! Cet article a aussi fait l’objet d’une chronique à Nous TV, la tv communautaire de Cogéco, dans l’émission On Jase avec Pélo du 27 octobre 2017.

 

Table des matières

La controverse!…………………………………………………………………………………………………………………………………………………… 1

Les découvertes……………………………………………………………………………………………………………………………………………………. 1

Elles se distinguent…………………………………………………………………………………………………………………………………………… 3

Conclusion……………………………………………………………………………………………………………………………………………………………… 3

Bilbiographie :…………………………………………………………………………………………………………………………………………………….. 4

 

 

La controverse!

L’article fait donc état d’une controverse dans le milieu scientifique : peut-on attribuer une caractéristique aussi anthropocentrique (l’intelligence) à un végétal? Après tout, on dit bien des téléphones, des puces électroniques, des ordinateurs et des robots qu’ils sont « intelligents »? Mais ne faut-il pas un centre, un cerveau, des neurones pour se prétendre « intelligent »?

 

Plusieurs découvertes de la neurobiologie tendent à pencher vers une solution beaucoup plus complexe… intelligence, communication, mémoire, conscience et douleur ne sont peut-être (sans doute) pas l’exclusivité des animaux et des humains finalement…

 

Ainsi tous les scientifiques s’accordent pour dire que les récentes découvertes (dont je vais faire état plus bas) sont remarquables : les données sont excitantes! Mais on ne s’accorde pas sur l’interprétation de ces données et, en aval de cela, sur la définition des concepts qu’on tente de mettre en lumière!! « Intelligence, Mémoire, Conscience et Perception de la Douleur » ont des définitions anthropomorphiques standard mais on peut aussi leur trouver des définitions plus démocratiques (un pas que les neurobiologues n’hésitent pas à franchir)! Le débat en est un philosophique autant que scientifique et donc… c’est véritablement un débat de sémantique!

 

Les découvertes

Mais voyons de plus près de quoi il s’agit! Plusieurs expériences scientifiques et découvertes sont absolument fascinantes et démontrent les trésors d’adaptation du règne végétal! Gageons que votre respect pour ces êtres se confirmera!

 

  • Heidi Appel, une écologiste en chimie de l’Université du Missouri et Ian Baldwin écologiste américain ont fait plusieurs découvertes intéressantes; les plantes à qui on fait « entendre » une chenille manger des feuilles se mettent à produire un cocktail chimique pour se préparer à une attaque imminente.

Qui plus est, quand les feuilles de cette plante sont mangées par des insectes, elles choisissent une action parmi les suivantes : a) Émettre un composé chimique volatile pour signaler à ses voisines le danger qui s’en vient et leur permettre de se préparer à se défendre. Il est intéressant de note que l’information contenue dans ces composés chimiques parle de l’identité de l’insecte! b) Émettre un composé chimique qui rend les feuilles mauvaises au goût du prédateur. c) Émettre un composé chimique qui rend les feuilles toxiques! Ou d) Envoyer des composés chimiques volatiles qui attirent les prédateurs des insectes ravageurs!

 

 

  • Stefano Mancuso, un physiologiste des plantes Italien, a découvert que les racines des plantes « sentent » et cherchent les tuyaux qui contiennent de l’eau, même si ces tuyaux sont complètement secs à l’extérieur. Ils ont donc une « ouïe » très sensible (dont on ne connaît pas encore tous les secrets) adaptée à la recherche de l’or bleu!…
  • L’extrémité des racines est apte à distinguer les racines des autres plantes par opposition à ses propres racines. Elles peuvent aussi distinguer si les racines étrangères sont d’une autre espèce ou de la même espèce qu’elle.
  • 4 Cakile edentula ont été transplantées dans un même pot; les plantes ont alors réduit leur comportement de compétition habituel (en nature) et ont partagé leurs ressources! Ainsi quand la compétition n’est pas optimale à la survie, on opte pour la coopération!

 

  • Monica Gagliano (Écologiste des animaux de l’Université de l’Australie) a conduit une expérience fascinante avec le Mimosa pudica, une plante qui a la faculté de refermer ses feuilles en quelques secondes quand elles sont en danger. Un système contenant 50 pots dans lesquels était plantées un mimosa leur fait faire une chute de 15cm à toutes les 5 secondes. La chute provoque la fermeture des feuilles du mimosa. Après 4, 5 ou 6 chutes, les mimosas rouvraient leurs feuilles, concluant que le stimulus pouvait être ignoré car non-dangereux. Fatiguée peut-être ce mimosa, me direz-vous? Non car si on brasse la plante, elle se referme! Après la phase « d’habituation », la plante ne se referme plus du tout… même après 28 jours de pause! Clairement, il y a un mécanisme de bio-mémoire et de bio-apprentissage! Rappelons qu’une abeille a une mémoire ne dépassant pas les 48 heures!

 

 

  • Pour Suzanne Simard, écologue canadienne, il ne fait aucun doute que les arbres font preuve de coopération, de solidarité générationnelle, de maternage, qu’ils ont conscience de leur famille et nourrissent un réseau communautaire! Ainsi, les arbres-mères utilisent leur réseau souterrain de racines pour nourrir ses semences qui ne reçoivent pas assez de lumière jusqu’à ce que les arbres aient atteint la lumière! Et ils sont capables de reconnaitre leurs propres enfants des semences étrangères! Elle a conduit une expérience dans laquelle elle introduit des isotopes de carbone radioactifs dans des arbres d’une forêt. En quelques jours tous les arbres dans une région de 30m carrés contenaient les isotopes, particulièrement les enfants de ces arbres! Grâce à ce stratagème, elle a pu déduire que les plus vieux arbres fonctionnent comme des centres de distribution vers les plus jeunes! De plus, on sait maintenant que les sapins utilisent le réseau de mycorhize (des champignons souterrains) pour échanger des nutriments avec les bouleaux selon les saisons! Cette communauté forestière ne parle-t-elle pas de la valeur de coopération pour augmenter la résilience?

 

 

Elles se distinguent…

Du fait de leur non-mobilité, les plantes ont développé toutes sorte d’ »habiletés »! Elles ont un design modulaire leur permettant de perdre jusqu’à 90% de leur corps sans mourir. Rien de tel dans le règne animal. Elles ont aussi 15 à 20 sens (analogues à nos 5 sens…) et 700 sortes capteurs sensoriels mécaniques, chimiques, lumineux et thermiques qui sont en général plus sensibles que les nôtres! Elles produisent toutes une gamme de composés volatiles, un cadeau de biochimie que l’être humain utilise beaucoup dans sa médecine depuis des lunes. Son vocabulaire moléculaire complexe comprend plus de 3000 composés chimiques (un être humain utilise environ 700 mots quotidiennement, ça donne le ton des habiletés en communications n’est-ce pas?).

 

Conclusion

Comment les plantes font elles tout ça SANS cerveau reste encore aujourd’hui un mystère non-résolu.

 

À quoi vont donc nous servir ces découvertes et pourquoi devrait-on continuer à faire des recherches dans ce sens??

 

Bien d’abord pour élucider les mystères du fonctionnement, de la création et de l’entreposage de la mémoire. Clairement, cette fonction ne nécessite pas un cerveau pour être accompli… alors quoi? Plusieurs chercheur penchent vers le réseau comme solution : un peu comme les essaims d’abeilles, les nuées d’oiseaux volant à l’unisson, les bancs de poissons, les fourmilières. Nos neurones sont elles plus un réseau qu’un centre de commandes? À confirmer!

 

Ensuite, pour développer de nouvelles technologies en bio-inspiration! De meilleurs ordinateurs, des robots explorateurs des sous-sols ou des planètes, des modèles de transport plus efficaces, etc… Pour aider nos espèces végétales en agriculture à se reconnaitre, à coopérer avec d’autres plantes utiles tout en restant en forte compétition avec les herbes adventices et en les aidant à mieux résister aux ravageurs, tout ça sans les manipuler génétiquement!

 

Enfin pour recadrer notre relation et notre respect envers ces êtres qui vivent dans une dimension beaucoup plus lente que la nôtre, ce qui est peut-être la raison de notre faible empathie envers eux et nous empêche d’apprécier à sa juste valeur leur « intelligence ». À d’autres époques, on faisait souffrir les bébés et les animaux en pensant qu’ils ne ressentaient pas la douleur… peut-être est-ce aussi le cas des végétaux?

 

Et puis en attendant que la science nous dévoile tous les secrets des plantes, il m’apparait urgent que nous rétablissions le respect auquel ont droit les individus du règne végétal… Comme nos ancêtres amérindiens, réalisons que nous avons bien plus besoin d’eux, qu’eux de nous… revoyons nos pratiques de modifications génétiques, de monoculture, de bonsaïs et de coupes forestières à la lumière de ses informations…

 

Et puis, ça pose l’épineuse question : doit-on arrêter de manger les plantes? Non, bien sûr, elles sont « conçues » pour ça! Mais selon moi, tout est dans l’attitude, le respect et la gratitude! Gageons que toutes ces découvertes scientifiques auront l’effet de rapprocher hommes et plantes…

 

Pour une architecte paysagiste thérapeutique et spirituelle, c’est une perspective des plus encourageantes!

 

 

 

Bilbiographie :

http://www.slate.fr/story/105137/plantes-intelligentes-droits

http://michaelpollan.com/articles-archive/the-intelligent-plant/

http://planete.gaia.free.fr/vegetal/botanique/intelligence.html

 

 

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